Affaire Lactalis : Le boycott, une solution pas si facile

La semaine dernière, un grand nombre d’éleveurs laitiers français ont décidé d’investir la ville de Laval et de planter leurs piquets de grève devant les locaux du siège social de Lactalis. « Qu’est – ce qu’ils veulent encore ces fainéants, ils feraient mieux d’aller travailler s’ils veulent gagner de l’argent ! ». Une phrase, mainte fois entendue lors de chaque manifestation, quelque soit la raison, qui a sans doute retenti une nouvelle fois. Pourtant, devant cette situation, même le plus con des détracteurs aurait du mal à la sortir en espérant avoir raison. Actuellement, ces agriculteurs travaillent à perte, la société Lactalis rachetant le lait moins cher qu’il ne coûte à produire. Même si le gros poisson a accepté les conditions des petits producteurs hier, Monsieur Gris a voulu revenir, à sa façon, sur le nœud du problème.

Que de calme, quand l’homme en noir soigne ses entrées… Dur, mais pas trop… Enfin, là n’est pas la question. Nous parlions de la filiale du lait. On va remettre tout ça en place, avec un petit retour en arrière.

Afficher l'image d'origine
– Capture d’écran – Les producteurs de lait se sont enfin fait entendre auprès du groupe Lactalis.

Alors, quelles solutions proposaient ces éleveurs à leur situation financière alarmante ? Eux voulaient un boycott des produit Lactalis de la part des clients français pour que tout le monde les soutienne. Une bien bonne proposition qui ramène à l’idée que c’est le peuple uni qui a le pouvoir de décision et non pas les entreprises. Cette idée impacterait directement le portefeuille de la société l’obligeant ainsi à accepter de négocier les prix. Oui sauf que voilà, le principe du boycott a beaucoup de limites. Dans le cas présent qu’en est-il ? La firme Lactalis est depuis 2011 le leader mondial des produits laitiers et possède des dizaines de filiales comme Lactel, Président, Société, Galbani, La Laitière ou encore Primevère et Bridélice. Un large panel d’entreprises qui assurent une certaine omniprésence dans les supermarchés et qui poussent les consommateurs à acheter leurs produits. Comment ? Tout simplement en possédant plusieurs marques dites concurrentes mais qui appartiennent à la même société mère. En voulant aider les agriculteurs en boycottant ces produits, les clients n’auraient qu’à choisir une marque appartenant à une autre société. Mais cela serait trop simple ! Premièrement, les consommateurs n’ont pas envie de passer 2h dans les magasins à vérifier quelle marque appartient à qui « juste » pour boycotter une société ! C’est une question de temps, d’envie ! Ensuite, et c’est peut-être le point le plus important, il ne faut pas que ce changement d’habitude implique un coût supplémentaire à la caisse. Aider, oui, mais dans la mesure du possible. Et à l’heure où la situation financière de toujours plus de personnes est extrêmement tendue, mettre quelques euros de plus dans un produit similaire à celui auquel on est habitué, c’est compliqué.

Et enfin, quid des autres ?… L’homme en noir dirait sans doute que Lactalis, dans cette situation-là, est une entreprise qui s’assure des profits en escroquant les producteurs avec prix de rachat de la matière première toujours plus bas. Sans doute ! Mais cela ne veut pas dire qu’il faut foncer tête baissée voir les concurrents ! C’est en effet un ressort très employé de notre société de consommation. Chaque entreprise tire tous les coûts vers le bas et tente de mettre les prix les plus hauts pour s’assurer des profits conséquents, c’est un fait. Donc non, lorsque l’on parle des méthodes avides de Lactalis pour gagner de l’argent, on ne dit pas d’aller forcément chez son concurrent car il ne vaut pas mieux, la corde qu’il tire n’a juste pas encore lâché.

Mais alors comment faire ? Comment peut-on, nous, simples consommateurs, aider ces producteurs laitiers, comment peut-on vivre sans acheter aucun produit de ces marques ? Et surtout, comment peut-on changer les choses sans que cela ne nous ruine ? Les limites d’un boycott se trouvent ici, dans la question même de l’argent. Les grandes sociétés comme Lactalis le savent. Même si la cause de ces éleveurs touche l’opinion publique, celle-ci ne changera pas pour autant ses habitudes, ne voulant pas payer plus ou se restreindre.

Hum… Oui, vous le remarquerez, l’homme en noir a plus ou moins repris les reines au cours de l’explication de Monsieur Gris… Moi, le blanc rêveur, je tenais cependant à sortir de ce flash-back, pour dire qu’un accord avait été passé. Que les petits producteurs français avaient eu raison du gros poisson Lactalis, puisque mardi 30 août, ils ont fait plier le siège, et ont eu le prix qu’ils demandaient depuis si longtemps !… Ah, avant de terminer, l’homme en noir voudrait rajouter que cet accord n’était que poudre aux yeux, pour dissimuler tout le reste… Mais ça, on s’y attendait…

 

Le Distrait

 


Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *