L’emploi demain ? Bonne question

L’homme en noir dit que la France est à la toute fin d’une époque… Disons plutôt qu’il l’espère très fort, ce n’est pas pour tout de suite… Mais il est vrai que c’est une impression générale qui domine aujourd’hui…

On parle d’un système politique qui se fissure depuis déjà bien des années, d’une éducation à réinventer, d’idéologies nouvelles, pas franchement attirantes d’ailleurs… Ainsi que d’une restructuration du modèle économique dans son ensemble. Au niveau de l’emploi, celle-ci viendrait mettre un terme certain aux avancées sociales du siècle dernier, comme les 35 heures, sans doute la mesure la plus fragile face à ce souffle de modernité…

Voilà un tableau bien terne de ce que risque de nous proposer notre société dans les années à venir. Ça n’est bien sûr pas si noir, sinon, j’aurais évidemment laissé parler la haine d’une autre plume. Non, ce que je veux faire ici, moi Monsieur Gris, c’est revenir sur un de ces points, celui qui est le plus simple à travailler, à décortiquer. C’est un mot, en fait, qui tourne encore et toujours dans la bouche de ceux qui aspirent à la gouvernance du pays : l’emploi.

Ah ! L’emploi ! Il revient sans cesse ! Partout ! Mais vers quoi va-t-il ? Nouvelle réforme, ubérisation, lancement de start-up individuelle, précarisation, plan social… On entend tout ça depuis déjà quelques temps. Ça ne fera sans doute que s’accentuer.

Pas la peine de revenir sur la loi travail, elle a déjà fait couler assez d’encre, pour au final un bilan qui ne se fera pas ressentir avant plusieurs mois, minimum. De même pour les plans sociaux, qui malheureusement, n’en finissent pas… Que dire de la précarisation…

Alors ne restent que deux termes, des termes qui aujourd’hui sont en mouvement, qui en inspirent beaucoup, qui crée quelque chose de nouveau. L’ubérisation, et l’indépendantisation.

– Capture d’écran – Les plate-formes digitales se sont multipliées depuis quelques mois, et l’entreprise Uber en est à l’origine.
– Capture d’écran – Les plate-formes digitales se sont multipliées depuis quelques mois, et l’entreprise Uber en est à l’origine.

Alors de quoi parle-t-on ? Depuis quelques années, de nouveaux types d’entreprise sont venus bouleverser le monde des emplois classiques. On se souvient ainsi tous de l’incroyable mouvement de contestation qu’ont soutenu les taxis traditionnels contre UberPOP et ses VTC (Véhicules de Transport avec Chauffeur) en 2015. Eh bien cette activité, qui dérange les professionnels déjà en place, tend à se généraliser. Dans les transports donc, avec Uber ou Blablacar, mais aussi dans l’immobilier, où les plate-formes digitales se multiplient. Vous connaissez sans doute AirBNB, une de ses entreprises de location, mettant directement en relation le locataire et le propriétaire d’un bien immobilier. Les rapports sont directs, francs, sans aucun intermédiaire… Une méthode qui plaît dans une période comme la nôtre.

Et c’est bien entendu l’évolution des nouvelles technologies qui permet ces activités. Créer son entreprise et se lancer en free-lance n’a jamais été aussi simple… (Attention, la faire fructifier est une autre paire de manches). Aujourd’hui, le fait de proposer des services sur une plate-forme d’intermédiation, et d’en retirer des bénéfices, est un jeu d’enfants et intéresse un grand nombre de particuliers.

Mais… Blanc ou noir ? Qui de mes deux amis pourrait se munir de sa plume pour parler en bien ou en mal de ce phénomène ? Comme je n’ai pas su y répondre, j’ai décidé de conclure moi-même ce papier.

Ainsi, soyons bref. Dans un premier temps, créer des entreprises, dans des domaines d’activités jusqu’alors promis à des professionnels traditionnels, fait souvent du bruit, provoque des grèves, et remet à chaque fois sur la table la question de la concurrence déloyale. En gros, ubériser un domaine d’activité met logiquement en difficulté les pionniers qui travaillent sans concurrence réelle depuis des années.

Pourtant, ce phénomène peut avoir des répercussions positives. En effet, si la politique de la concurrence fait enrager, elle aura par exemple permis d’amener dans les taxis parisiens une vague de générosité et de politesse de la part des chauffeurs… Un exploit.

Monsieur Gris

Jungle de Calais, l’arbre qui cache la forêt

N’avez-vous jamais entendu parler de la manipulation des foules par les médias ? Si. C’est obligatoire lorsque l’on est Français, et puis c’est une expression qui résonne, depuis quelques temps, environ chaque semaine. Pourtant, cet écho a du mal à se faire entendre du côté de Calais… Étonnant, quand on sait ce qu’il s’y passe… La jungle de Calais ! Sans doute le plus bel exemple d’hypocrisie médiatique jamais offert à mes yeux d’homme en noir !

Vous me direz : « Mais de quoi parles-tu ? La jungle de Calais est ce qu’elle est, un bidonville dont les migrants ne pensent qu’à s’enfuir, en traversant la Manche, coûte que coûte, faisant vivre un enfer aux habitants de la ville ». C’est normal, c’est le cas, vous avez entièrement raison.

Mais il s’agirait d’enlever ses œillères… Les réfugiés sont en fin de compte les méchants de cette terrible histoire… Ils prolifèrent comme des mauvaises herbes, toujours plus nombreux. Moins de 5 000 en juin, ils seraient aujourd’hui presque 7 000 d’après la préfecture, 9 000 d’après les associations. Et ces méchants migrants, qui avaient une vie si paisible en Syrie, au Soudan ou ailleurs, sous les bombes, face aux dictatures, ne voient leur salut qu’en Grande-Bretagne, et détruisent tout sur leur passage pour y parvenir.

Alors ils s’entassent, dans un bidonville, où la misère est palpable, poisseuse, elle vous collerait presque aux vêtements… Bien sûr, on s’imagine qu’ils y sont bien, dans cette poubelle géante, ça leur ressemble sans doute, ce n’est pas « choquant ».

Voilà donc le tableau que l’on perçoit par le filtre d’un grand nombre de médias… Comment leur en vouloir, c’est une partie de la vérité ! Comment ne pas les insulter, ce n’est pas la réalité…

– Capture d’écran, photo AFP – Les réfugiés de la Jungle de Calais ne comptent pas croupir là-bas… On les comprend.

La réalité, parlons-en un peu. La réalité, c’est que la majorité des Français aujourd’hui n’ont pas connu la guerre (que cela plaise ou non à Manuel Valls, qui vadrouille allègrement contre le terrorisme). Les réfugiés de Calais ont eu le courage de la fuir, cette guerre, de quitter leur ville, leur maison, leur histoire… Des souvenirs, des éclats de rires plein la tête. Ils ont fait je ne sais combien de kilomètres pour atteindre les plages de la Méditerranée. Ils ont dépensé des sommes astronomiques, gigantesques, pour payer un passeur. Celui-ci les a fait grimper dans une coquille d’œuf rafistolée, avec 400 autres compagnons d’infortune, pour voguer vers l’Europe au mieux, vers la mort, sinon.

Alors ils arrivent chez nous ! En Occident, dans les pays riches ! Ils sont malmenés, personne ne veut les voir… Certains sont ramenés chez eux dès les premiers jours, d’autres s’en sortent, et continuent leur route, car aucun moyen de se fixer, pas de papiers… Alors ils filent vers la Grande-Bretagne, ce pays conservateur, refermé sur lui-même, comme on aime à le dire, nous, habitants du pays des Droits de l’Homme… « Liberté, Égalité, Fraternité » … Eh oui… Les migrants vont là-bas… Ils ne s’installent pas en France. Pourquoi ? En partie parce que nous ne voulons pas d’eux, que nous ne leur proposons aucune solution pour vivre, peut-être à peine les moyens de survivre…

La France est au bon Français, c’est une terre de racines, de race blanche, alors passe ton chemin migrant, choisis un autre parcours, mais ne vient pas dans l’hexagone, le Français est con, égoïste et peureux, il pourrait te faire du mal, ce mal que tu as quitté en t’arrachant à ta maison… Parce que migrant, avec tout ce que tu as vécu, tu mérites mieux.

L’homme en noir

Où est-ce qu’on a merdé ?

Hum hum… Bonjour. Alors commençons par les présentations. Je ne suis ni l’homme en noir, ni le blanc rêveur, ni Monsieur Gris, mais simplement un narrateur extérieur, celui qui gère un peu ces trois dingues, de loin. Si je prends la plume aujourd’hui, c’est pour vous parler des discussions qu’ont nos trois plumes entre elles, en off. Il faut bien imaginer qu’en dehors du boulot, ils parlent de tout et de rien… Mais un sujet en particulier revient très souvent sur la table, une question, en fait : « Où est-ce qu’on a bien pu merder ? ». Bien sûr ils ne parlent pas d’eux, mais de la société dans laquelle ils vivent. La première fois, ça a donné ça.

On a merdé
Bon… L’image se passe de commentaires, vous aurez compris

– Où est ce qu’on a merdé ?

– De quoi tu parles ?

– Je veux dire, depuis 50 ans, tout s’accélère, tout le mal que l’on a fait à notre planète depuis que l’Homme est capable de penser s’est subitement démultiplié. Aujourd’hui, on utilise les ressources naturelles annuelles de la Terre en à peine 7 mois, les glaciers fondent à une vitesse folle, la différence entre les plus riches et les plus pauvres n’a jamais été aussi grande… Et ce ne sont que deux trois exemples généralistes… Alors, je repose ma question : Où est-ce qu’on a merdé ?

– Oula mon grand, tu ne serais pas l’homme en noir toi ? Tu oublies toutes les avancées technologiques, sanitaires, idéologiques, qui nous permettent de mieux vivre aujourd’hui ?

– Ne te mêle pas de ça, le blanc rêveur, tout ton monde est beau, tout ton monde est gentil, on le sait et tu ne sortiras jamais de ta béatitude grotesque et pathétique. Je m’adressais à Monsieur Gris, lui qui a tout compris à ce qui nous entoure, peut-être saura-t-il me dire à quel moment dans l’Histoire, l’être humain s’est sabordé.

– C’est bien de ta part de me flatter comme ça, l’homme en noir, mais je suis loin d’avoir tout compris. Cependant, il est clair qu’il y a eu plusieurs périodes charnières qui ont modifié notre manière de fonctionner, de penser, de consommer. Tout ceci nous a amené à ce que nous sommes aujourd’hui.

– Oui mais ce sont des périodes fastes ! Rien que la machine à vapeur ! La machine à vapeur, l’homme en noir ! Avoue que c’est une belle invention. Permettre aux hommes de parcourir des centaines de kilomètres en quelques heures, au lieu d’une semaine !

– Une invention que certains ont utilisé pour s’enrichir sur le dos d’une majorité de pauvres gens, qui comme toi, ont vu dans ceci un moyen de faciliter leur vie. Génial !

– Monsieur Gris, dis quelque chose ! Aucun de mes arguments ne le raisonnent, je vais finir par déprimer devant tant de mauvaise foi…

– Stop ! On arrête, vous n’avancerez à rien en vous dispersant comme ça ! Et puis vous êtes clairement trop à cran aujourd’hui pour intégrer ce que j’ai à vous expliquer. Alors on en reparlera, calmement, une autre fois. On analysera chaque période où des habitudes ont changé. Et peut-être qu’un jour, on pourra savoir où on a merdé comme le dit l’homme en noir, si erreur il y a. Fin de la discussion !

 

Le Distrait

Espoir en marche (arrière)

En ces temps politiques troublés par l’approche de l’échéance de 2017, nul sentiment ne fait plus recette que l’espoir.

Un espoir qui laisse de marbre l’Homme en noir dont ce n’est pourtant pas la couleur. Lorsque l’on m’a dit que le chômage reculait, que l’économie repartait, que l’on se dirigeait vers un coin de ciel bleu dans l’orage, la flamme de l’espoir s’est soudainement ravivée. Mon espoir, une source d’énergie que je pensais inépuisable car sans cesse renouvelée. Une flamme pourtant bien vite éteinte par une autre, tricolore. Une flamme portée aux nues par de plus en plus de partisans aveuglés par le blond de sa lumière sans se souvenir qu’à trop vouloir jouer avec le feu on se brûle. Son but est simple, éteindre toutes les autres, cette fois, sans distinction de couleur. La mienne n’y résistera pas longtemps je le crains, car sans volonté, l’espoir est fou, faible et corruptible. Car enfin, qui ne veut pas avoir d’espoir. Moi le premier je me laisse bien volontiers prendre au jeu. Et c’est là le danger. Alors que la flamme nationale monte, la mienne s’étiole. Comment alors retrouver l’espoir ? Comment raviver un feu dans la tempête ? L’espoir, c’est là tout ce que je recherche. Et certains sont prêts à m’en donner. Beaucoup. Trop peut-être…

L’espoir, de nos jours ce n’est plus vraiment un sentiment, mais plutôt une idée. On ne ressent plus l’espoir, on aime simplement l’idée que l’on s’en fait. En ce sens, je ne juge plus la politique et ses chimères par ses actes, mais bien par ses paroles. Non plus par ses lois, mais plutôt par ses slogans.

Un état de fait connu de tous mais qui entraîne la rage de l’Homme en noir qui m’enjoint à réfléchir : « En 2017, tu penses donner ton vote à un slogan, à un écran de fumée ou à ce qui se trouve derrière. En gros, penses-tu sacrifier ton intelligence sur le bûcher des vanités de la politique française ». De là je réfléchis : « L’Homme en noir exagère. Il va trop loin. Je suis compatissant mais je n’en suis pas pour autant un faible d’esprit ».

Mais après réflexion, La politique autrement, Le changement c’est maintenant, n’est-ce pas là une autre façon de masquer une ambition politique devenue dévorante. N’est-ce pas là un moyen de se faire mettre en avant, sous couvert d’une dévotion sans faille. Quand revient alors sur la pointe des talonnettes un habitué de ce genre de tartuferies, il convient peut être de s’interroger, me suggère l’Homme en gris : « Comment promettre de tout donner pour la France quand on lui a déjà tout pris ? Comment imaginer demain, quand on est la cause d’aujourd’hui ? » Devant tant de questions, je parviens enfin à comprendre pourquoi certains quittent le navire. Peut-être est-ce pour mieux repartir seul. Mais enfin, avec tant de casseroles accrochées au pied, comment espérer rejoindre à la nage un bateau ? Même si celui-ci est en train de couler ?

Face à une scène si grotesque difficile de trouver l’espoir, même lorsque l’on rêve… Car enfin, même dans notre imaginaire, je me demande bien qui incarnerait à l’heure actuelle la flamme de l’espoir sans piocher dans les braises toujours incandescentes de la flamme nationaliste…

 

Le blanc rêveur

Macron sonne le glas de la présidence Hollande

Les séparations de crise semblent avoir le vent en poupe dans le gouvernement Hollande. Après Cahuzac, poussé dehors pour incompatibilité administrative et financière, après Ayrault, tout simplement trop transparent, après Taubira, refusant de participer à la débandade idéologique de son parti, c’est Macron, jusqu’alors ministre de l’économie , qui décide de prendre la porte. C’est un nouveau pavé dans la mare qui vient éclabousser un peu plus le Président de la République…

Pour ce papier, le blanc rêveur s’est fait porter pâle… Il n’a rien trouvé à dire de cette démission prévisible… À l’époque où Christiane Taubira quittait le navire, il avait admiré le courage de la femme. Aujourd’hui, il aurait préféré laisser l’homme en noir dire ce qu’il pensait du bouillant ministre.

Attention toutefois, j’ai essayé, moi Monsieur Gris, de contenir du mieux possible les explosions de rage de mon cher homologue, afin de proposer un débat calme et posé, et de comprendre quelles sont les différences entre les précédents abandons et celui-ci.

Pour commencer, qui est Emmanuel Macron ? Eh bien, un surdoué. Il a fait Henri IV, l’ENA… Des études qui en ont mené tant aux sommets de la hiérarchie française. Banquier d’affaire à 31 ans, millionnaire à 35, il entre dans le gouvernement un an plus tard. Son passage à Bercy aura duré 2 ans et 4 jours, un temps correct, par les temps qui courent. On en retiendra sans doute la loi Macron, qui rassemble des assouplissements de travail le dimanche et de nuit, une réforme judiciaire au niveau des Prud’hommes, une modification du licenciement collectif, une libéralisation des emplois réglementés ou encore une ligne nationale de bus dont on attend encore les résultats. On retiendra aussi sa belle gueule, et ses coups de gueule. D’abord, sa popularité quelque peu paradoxale, aux côtés d’un gouvernement pas très apprécié par la population. Ensuite ses sorties médiatiques rarement impeccables, souvent désastreuses face au peuple ou face à ses propres alliés.

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– Capture d’écran – Traître pour les uns, visionnaire pour les autres, Emmanuel Macron a toujours tout fait pour cultiver sa différence.

Ces derniers temps, il avait montré sa différence… Oh, par des astuces très fines, et discrètes… Non, je plaisante… Il a tout simplement créé un parti politique, son parti, « En Marche », alors qu’il était dans le gouvernement. Il a aussi eu la délicatesse d’expliquer aux journalistes qu’il n’était pas socialiste… Fin, discret…

Et puis il a décidé, d’un coup, qu’être à la tête d’un ministère n’avait rien d’enivrant… Alors il s’en est allé. C’est un peu l’impression qui prédomine aujourd’hui, Macron a lâché tout le monde. Le gouvernement parle d’une décision égoïste, tente de le faire passer pour un traître… Ce qui n’est pas loin d’être vrai, (me dit à l’instant l’homme en noir… peut-être, mais là n’est pas la question). Le reste de la gauche, toujours plus divisée, condamne comme il se doit l’affront. L’opposition fait quant à elle son travail, en se moquant allègrement de cette énième claque pour le PS. Le FN, enfin, poursuit son travail de démolition, entonnant son éternel refrain si irritant… « Tous les mêmes, votez bleu marine ! » … Et malheureusement pour nous, il ne manque pas de grain à moudre…

Voici donc pourquoi cette démission aura une résonance bien plus importante que les précédentes. Nous sommes à moins d’un an des élections présidentielles, et le bonhomme charismatique du gouvernement se casse de la maison socialiste pour refaire le monde à quelques pas de là… Pendant ce temps, l’opposition jubile, Hollande est plus faible que jamais, une nouvelle fois trahi par un de ses disciples. La gauche… enfin, la gauche, au sens le plus large qui soit, se disperse encore et encore… Vers un nouveau 21 avril ? L’hypothèse prend forme…

 

Monsieur Gris