Alstom ou le syndrome d’Aulnay

L’homme en noir : « Hé vous ne connaissez pas la dernière ? J’en ai ri pendant des heures avant de me demander s’il ne fallait pas en pleurer !

L’homme en gris : « De quoi parles-tu ? Des élections américaines ? Des primaires à droite ?

L’homme en noir : « Ça aurait pu mais, non… C’est presque pire. Je parle bien-sûr du « sauvetage » d’Alstom. Enfin sauvetage c’est un bien grand mot parce que bon, acheter des trains pour sauver l’économie en berne d’un pays… Si ça marchait ça se saurait !! »

Le blanc rêveur (passant par là) : « Ah c’est bien que tu parles enfin de quelque chose de positif. J’ai entendu que tu parlais d’Alstom. Enfin tu te rends compte que les choses vont de mieux en mieux. Que le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour redresser la barre. Bravo à toi, je ne pensais pas que tu t’en rendrais compte ».

L’homme en noir : « Voilà. Tout est dit. C’est contre cela que je m’insurge. Cette naïveté exacerbée. Cette mièvrerie politico-économique sous couvert d’ambition. Qu’en tant que rêveur tu te laisses attirer par les sirènes de la bonne action. Je peux encore le comprendre. Mais quand on te dit que 400 emplois vont être sauvés à Belfort, comme ça, presque sans aucun effort, tu ne trouves pas ça étrange ? Tu ne te demandes pas ce qui se cache derrière ? »

Le blanc rêveur : « Évidemment, je suis rêveur pas naïf. En contrepartie, le gouvernement va acheter des trains. Et ce n’est pas un mal finalement. Les usagers auront de nouveaux trains et des emplois sont conservés, tout le monde est gagnant. Justement même, c’est du jamais vu. L’Etat prend enfin ses responsabilités je trouve ça très fort. »

L’homme en noir : « Et le fait que cet « exploit » ait lieu à quelques mois des élections présidentielles, cela ne te met pas la puce à l’oreille ? »

Le blanc rêveur : « Toi aussi, tu vois le mal partout franchement. C’est de la mauvaise foi. De l’acharnement même ! »

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-Capture d’écran- Les ouvriers d’Alstom vont pouvoir souffler… un peu… pas longtemps… enfin on verra quoi…

L’homme en noir : « C’est toi qui portes des œillères. Tu sais combien coûte ce plan que tu défends avec tant d’ardeur ? 770 millions d’euros. Les mathématiques ne sont peut-être pas ton fort mais ramenés aux 400 postes du site de Belfort, chaque emploi a coûté 1.9 million d’euros dont plus de la moitié qui vient de l’argent public. Penses-tu vraiment que cela a été fait simplement pour la beauté du geste ? Même si en temps de crise chaque emploi compte, je ne peux me résoudre à penser que tu t’arrêtes là dans ton raisonnement. Et si l’on va plus loin, maintenant que l’on est dans les contradictions. Tu veux savoir la meilleure ? Les voies sur lesquelles devraient circuler les trains ne sont même pas adaptées aux trains qui ont été achetés. Elles sont trop petites. Cela veut dire qu’il faut attendre que la SNCF passe au tout TGV pour voir la couleur de tes « trains du salut ». Je ne sais pas si tu comprends l’absurdité de la chose. C’est un peu comme si tu décidais d’aider la pharmacie du coin, avec tout l’argent de tes courses du mois, en achetant un paquet de couches alors que tu n’as pas d’enfant. Le tout en répondant lors que l’on t’interroge : « oui mais ça pourra toujours servir pour le jour où je serai père. On ne sait jamais, en attendant je vais manger des pâtes un jour sur deux ». Il y a comme un problème tu ne trouves pas ? »

Monsieur Gris (venant sauver le Blanc rêveur qui ne sait quoi répondre, s’exclame) : « C’est sûr que tu as l’art et la manière de présenter les choses. Alors, effectivement, on peut le voir comme ça. Mais l’économie d’un pays, ce n’est pas le genre de choses avec lesquelles on peut jouer. Peut-être l’État à été victime de ce que l’on pourrait appeler le « Syndrome d’Aulnay ». À force de ne pas vouloir reproduire un Aulnay-sous-Bois en perdant des emplois, L’État s’est lancé dans une campagne bien trop coûteuse. Je vous rappelle qu’à l’époque d’Aulnay, des emplois ont bien été perdus, mais PSA est toujours debout et l’on n’a pas dû s’endetter dans un projet sans queue ni tête, juste pour « prendre ses responsabilités ».

L’homme en noir : « Peut-être, mais franchement, est-ce que tu penses qu’acheter des trains c’est le mieux que l’État pouvait faire pour redresser la barre ? Est-ce que tu ne penses pas que sauver 400 emplois et perdre 770 millions, ce n’est pas perdre des milliers d’emplois, plus tard ? Ce n’est pas reculer pour mieux sauter ? Alors oui, la situation est sauve pour le moment. Et quand dans quelques années une autre entreprise coulera alors que L’État aurait pu l’aider, les gouvernants actuels, qui seront dans l’opposition ne se priveront pas de bien rire et de pointer du doigt leurs adversaires ».

Monsieur Gris (sombre au moment de conclure) : « L’avenir nous le dira ».

Le Distrait


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