Le ciel comme seul toit

Le blanc rêveur a pleuré fort cette semaine, très fort même. Il se baladait, tard le soir, dans les rues de sa ville, un vendredi soir… Vous connaissez le blanc rêveur, amoureux de tout, de rien, amoureux de la fête aussi, du rire, des larmes…

Ce soir-là, le blanc rêveur s’est vu de haut, dans un état second, son corps marchait gaiement, son esprit, plus flottant, s’amusant de se voir ainsi amener.

À faire le pitre, le blanc rêveur a fini par se faire mal, forcément. Il a ralenti le pas, a pris le temps. Quand on va moins vite, ce qui nous entoure prend de l’importance.

Cette importance, elle s’est portée sur un groupe de clochards, assis, sous un porche, avec des couvertures, de gros manteaux usés, pour se protéger du froid qui vient, lancinant, en cette fin octobre, ce froid qui mord, surtout quand on reste dehors…

Sans leur adresser un mot, le blanc rêveur s’est délesté d’un petit billet. À cet instant, c’était sa manière à lui de les accompagner.

Retrouvant le sourire, fier de son geste, il a poursuivi sa route en souriant, emporté par ses compagnons.

Coup du sort ? Il n’en saura jamais trop rien, ce qui est sûr, c’est qu’une heure plus tard, le blanc rêveur a rebroussé chemin, il est revenu voir ces hommes, cette femme, qu’il avait croisés, à qui il avait donné un billet.

Ces hommes, cette femme, qui n’avaient pas bougé, eux, quand le blanc rêveur et ses amis s’amusaient, parlaient de filles, parlaient d’acheter une quille, de quoi se désaltérer après cette dure journée…

Bref, ils sont repassés.

Ils sont repassés, et cette fois, se sont arrêtés. Ils ont discuté, se sont révoltés, ont rigolé… un peu.

Une soirée qui fait du bien, qui change, on se rapproche, on s’accroche… sous un porche…

Après quelques dialogues animés, après que le blanc rêveur ait appris ce qu’il était arrivé à leur vie, un des hommes lui a demandé s’il avait internet sur son smartphone. Bien entendu, le blanc rêveur, privilégié, en avait. Il a prêté le smartphone, a vu l’homme chercher ce qu’il voulait.

Une musique instrumentale, des basses, puissantes, des caisses claires, vibrantes… Après quelques secondes, l’homme s’est mis à chanter, d’une voix acide, presque agressive, il parlait de lui, de sa vie ici. Il disait qu’il en souffrait, qu’il voulait travailler… Un texte très bien tourné, léché, des paroles crues, mais élégantes… Belles quoi…

D’un coup d’un seul, le blanc rêveur s’est mis à pleurer, à pleurer fort, à pleurer vrai. Incapable de comprendre pourquoi cet homme, à la plume si affûtée, si maline, en était réduit à espérer chaque nuit un peu de soutien, une pièce, pour pouvoir survivre. Meurtri aussi par leur douleur, la douleur de n’avoir aucun toit pour se protéger, la seule vitre d’un magasin comme oreiller, leur situation visuelle pour être jugés…

Pendant une bonne dizaine de minutes, le blanc rêveur est resté effondré en larmes, réconforté chaudement par ceux qu’il pleurait…

Une fois calmé, le blanc rêveur s’est finalement levé, pour de nouveau se plonger dans sa soirée.

Après quelques embrassades, le groupe s’en est allé, mais seul le blanc rêveur sait à quel point cet instant s’est gravé dans ses pensées.

Le blanc rêveur


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