Personnages

L’homme en noir

Un bruit de verrou, la porte s’ouvre. L’homme en noir sort… L’homme en noir a tout vu, il a tout vécu, ou plutôt, a tout subi. Son passage sur terre est raté, tout simplement…

Pas sa faute, en soit, il est né à une mauvaise époque, l’époque où la folie a pris le contrôle de l’espèce humaine. Pas la douce folie, celle du blanc rêveur, non, celle, insatiable, de ceux qui ont décidé que leur vie, avant tout, serait couronnée de succès, ceux qui se sont dit que derrière eux, tout pouvait arriver. Ceux qui ont cru que l’humain était plus fort que la terre qui le nourrit. Ceux, enfin, qui ont cru que parmi les hommes, certains devaient vivre moins bien, tout ça parce que leurs lieux d’habitation, leurs zones de vie, ne fournissaient pas les mêmes ressources pour autant de labeur. « Ce n’est pas notre faute », disent-ils. « Tout le monde ne peut pas vivre comme nous vivons nous, c’est la vie »…

Eh bien oui… C’est la vie… Sauf que de cette vie, l’homme en noir n’en veut plus. D’un autre côté, même si sa Terre s’autodétruit, sous le poids des guerres, de la pollution, de la finance, il ne peut pas se résoudre à la quitter. Alors, malgré sa noirceur, malgré son mal-être, sa Terre, il l’aime, elle lui a offert la chance de la parcourir, lui a donné le droit de l’admirer, de sentir le vent dans son éternel manteau, d’accueillir dans le creux de son gant un papillon, de frémir, sous son chapeau, à l’écoute du chant des oiseaux, le bruit de l’eau, de voir enfin, derrière son masque inquiétant, des paysages de montagne, des étendues de sables ou des forêts épaisses.

Sous sa sombre coquille, l’homme en noir est resté blanc. Mais il s’interdit à montrer son amour profond, et sans faille, pour la nature, et pour la vie. Au contraire, il s’oblige à le broyer, son noir, traquant ceux qui rendent son monde moins beau, qui le laissent mourir à petit feu. Il leur réserve ses mots les plus acides, sa rage la plus franche, avec un but, un espoir, les faire tomber, les faire choir, et se débarrasser du manteau, des gants, du masque, qui font de lui ce monstre noir.

Le blanc rêveur

Il sifflote, il marche tranquillement, les mains dans les poches, le nez pointé vers les petits nuages qui se baladent gaiement dans le ciel… Une belle journée ! Certes, il est vrai que toutes les journées sont belles, pour le blanc rêveur. Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il grêle, ce dernier est toujours heureux. Pourquoi ? Parce qu’il voit toujours le bon côté des choses, le beau côté. Ainsi, il s’enthousiaste de voir des voisins déblayer leur allée enneigée ensemble, ou fond de plaisir lorsqu’au loin, il surprend deux inconnus, protégés par le même parapluie.

Si le blanc rêveur apprécie ces moments simples, il est aussi toujours ému par les élans de solidarité gigantesques que provoquent les plus grands drames qui bouleversent chaque année la planète. Il pleure, subjugué, lors des manifestations de soutien, des marches blanches, des hommages où, aussi différent que l’on puisse être, on se serre dans ses bras, on se reconforte. Il pleure encore, devant l’entraide, qui prend le dessus, magnifique, face à la panique et la peur que provoque les catastrophes et autres attentats. Et malgré l’horreur qui, dans un premier temps, émane de ces événements, il ne peut s’empêcher de les espérer, pour vivre le plus souvent possible ces moments où les hommes se tendent la main, mutuellement, pour se reconstruire.

Malheureusement, les autres lui en font le reproche, certains le considèrent même comme fou… Immaculé, et pure, de l’extérieur, beaucoup croient ses intentions sombres, à l’intérieur. Pourtant, le blanc rêveur ne souhaite qu’amour, solidarité, fraternité, et chasse sans répit chaque image, chaque action, qui met en avant ces valeurs, les plus humaines qui soient…

Monsieur Gris

Monsieur Gris est, comment dire… la curiosité même. D’ailleurs, la légende raconte que c’est pour lui que ce mot a été inventé. Monsieur Gris est donc curieux, curieux de rien, curieux de tout. L’important pour lui n’est pas d’étaler des connaissances qu’ils ne lui serviraient à rien, mais de les engranger, dans un coin de sa tête, comme ça, pour le plaisir d’apprendre. En réalité, il a une phrase toute faite pour expliquer sa philosophie : « Pourquoi chercher à tout savoir, quand il suffit de tout comprendre ? »… Intéressant n’est-ce pas ?

Alors pour mettre en action sa devise, il cherche, il interroge, s’interroge. Il éprouve le besoin de parcourir en intégralité le sujet qui lui tient à cœur. Les sautes d’humeurs, ou les enchantements béats, il les laisse à l’homme en noir et au blanc rêveur. Certes, il aurait des choses à dire, mais il s’est juré de rester objectif dans sa quête, ne jamais mettre un mot au-dessus de l’autre, et de permettre à ceux qui veulent bien l’entendre de se faire leurs propres idées… D’un autre côté, si Monsieur Gris cherchait l’inverse, il s’en voudrait…